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Discours
de Nicolas sarkosy à l'Université d'été
des jeunes populaires UMP
Marseille - dimanche 3 septembre 2006
A vous voir si nombreux, je n'ai qu'un mot à la bouche pour
exprimer mon émotion ce matin mais, chacun doit le comprendre,
c'est vraiment du fond du cœur que je veux vous le dire : merci
!
Longtemps j'ai réfléchi à ce que la politique
avait à dire à la jeunesse.
Longtemps je me suis demandé comment il fallait parler en
tant qu’homme politique à une jeunesse qui a cessé
d’écouter les hommes politiques et surtout de leur
faire confiance.
Si elle ne les écoute pas c'est parce qu’elle ne les
comprend pas.
Si elle ne leur fait plus confiance c'est parce qu’elle a
le sentiment qu'elle a souvent été trahie.
C'est conscient de cette réalité que j'ai appelé
à une rupture dans nos comportements, dans nos méthodes,
dans notre façon d'appréhender le débat d'idées.
Aujourd'hui je persiste et je signe : la rupture est nécessaire.
Toute jeunesse a quelque chose à prouver. Elle a besoin
de croire qu’elle peut transformer le monde. Elle a besoin
d’imaginer que tout est possible.
Elle rejettera la classe politique si celle-ci continue à
répéter : « je n’y peux rien ».
Elle condamnera une politique qui prétendra construire le
monde de demain avec les idées d’hier.
Je veux une politique qui rende possible ce qui est nécessaire.
Je veux tourner le dos à une politique qui explique que ce
qui est nécessaire est impossible.
Cette fascination pour la fatalité coupe les ailes de la
jeunesse.
Mais en coupant les ailes de la jeunesse, chacun doit être
conscient que l’on coupe les ailes à la société
tout entière. Car dans un monde où les rêves
de la jeunesse ne se réalisent jamais, les portes de l’avenir
se ferment pour tous, quel que soit leur âge.
C’est quand la jeunesse commence à devenir une espérance
que l’histoire cesse d’être un recommencement
pour devenir une invention. C’est quand les hommes de la Renaissance
se sont mis à croire que tout était possible que tout
a pu changer. La Renaissance s’est laissée alors porter
par les rêves de la jeunesse.
Jeune, j'ai été ému par la prière de
Michel-Ange : « Seigneur accordez-moi la grâce de toujours
désirer plus que je ne peux accomplir ». C'est ce que
je veux souhaiter à chacun de vous, que dans vos vies vous
gardiez toujours l'envie de vous surpasser, le désir de réaliser,
la volonté de faire de votre existence quelque chose de grand
et de fort. L’histoire nous enseigne que c’est de l'imagination
fiévreuse de la jeunesse que sont sorties toutes les grandes
révolutions des temps modernes.
La Révolution Française a été accomplie
par des jeunes gens. Les fédérés marseillais
qui montaient à Paris en 1792 n’avaient pas 20 ans
pour la majorité d’entre eux. Les soldats de l’An
II n'étaient pas plus vieux et ils étaient commandés
par des généraux de 25 ans. Après avoir été
les héros de Valmy, de Jemmapes et de Fleurus, ils eurent
l'énergie d'être encore les acteurs d’Austerlitz,
d’Iéna et d’Eylau…
Quand la Révolution fut terminée, quand Napoléon
eut cessé « de faire ses plans de bataille avec les
songes de ses soldats endormis », leurs enfants s’éveillèrent
de leurs rêves de gloire et de conquête. « Alors
s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse ».
Elle se releva pour inventer le romantisme, la peinture moderne,
la révolution industrielle.
Quand le XXe siècle s’ouvrit ce furent encore des poètes
et des peintres de 20 ans et des savants de 26 ans qui refirent
le monde.
En 14-18 la jeunesse française fut héroïque.
Sur 1,3 million de morts un tiers avaient moins de 30 ans. En 18
on mobilisa les jeunes Français à 18 ans.
Après l’armistice, une fois de plus assise sur un monde
en ruines, cette jeunesse meurtrie, à peine sortie du massacre
était convaincue que le monde était absurde et que
l’homme était seul. Et pourtant elle aussi sut se relever.
Elle fit jaillir de sa souffrance et de son doute le surréalisme,
le cubisme. Elle échoua hélas à faire mettre
la guerre hors-la-loi.
En 40 les premiers résistants avaient à peine 16
ans. Les cinq martyrs du lycée Buffon avaient entre 15 et
18 ans quand ils furent assassinés par l’occupant.
Guy Môquet 17 ans et demi quand il fut fusillé. Il
écrivit à ses parents avant de mourir : « J’aurais
voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon cœur, c’est
que ma mort serve à quelque chose. 17 ans et demi…
Ma vie a été courte ! Je n’ai aucun regret si
ce n’est de vous quitter tous ». On peut être
grand quand on a 17 ans…
Ses camarades gravèrent sur les murs de leur cellule «
nous vaincrons quand même ».
La jeunesse ne doit jamais s'avouer vaincue…
Cette génération de la Résistance, rescapée
des camps et des maquis, dont l’épreuve avait décuplé
l’ardeur, voulut réussir là où ses pères
et ses grands-pères avaient échoué.
De l’âme blessée de cette jeunesse, de son innocence
perdue d’avoir vu de si près la mort et la barbarie,
de ses mains encore tremblantes d’avoir tenu les armes, jaillit
la reconstruction, les Trente Glorieuses, la décolonisation,
l’Europe, et la sécurité sociale. La jeunesse
peut être invincible…
Après le drame algérien, sur fond de guerre du Vietnam
et de guerre froide une génération nouvelle se leva
à son tour. Elle proclama vouloir vivre sans contrainte et
jouir sans entrave.
En mai 68, au plus fort de la révolte étudiante, Georges
Pompidou avait dit : « je ne vois de précédent
dans notre histoire qu’en cette période désespérée
que fut le XVe siècle, où s’effondraient les
structures du Moyen-Age et où, déjà, les étudiants
se révoltaient en Sorbonne… ».
En juin 1969, alors qu’il venait d’être élu
Président de la République, il déclarait :
« Le monde a besoin d’une Renaissance et aucun de ceux
qui détiennent des responsabilités – qu’elles
soient politiques, économiques, sociales, intellectuelles
ou proprement spirituelles – n’a le droit de penser
qu’il n’est pas concerné ».
Le progrès matériel ne suffisait plus à la
génération de mai 68. Elle aspirait à l’idéal.
Elle y aspirait d’autant plus qu’elle était l'enfant
du plein emploi et de la croissance. Elle dilapida l’héritage
sans apporter ce supplément d’âme dont elle dénonçait
le manque. Elle installa partout, dans la politique, dans l’éducation,
dans la société, une inversion des valeurs et une
pensée unique dont les jeunes d’aujourd’hui sont
les principales victimes.
Au cœur de cette pensée unique qu'ici je veux dénoncer,
il y a le jeunisme, cette idéologie qui dit à la jeunesse
qu’elle n’a que des droits et que tout lui est dû.
C'est faux.
Il y a, dans le même temps, la dévalorisation du travail
et le mépris pour les travailleurs. J'ose le mot car il ne
m'écorche pas la bouche. J'ai toujours fait du travail une
valeur cardinale de ma vie.
Une partie de la gauche a fait sienne cette idéologie du
jeunisme et des 35 h forcées. Elle a trahi la gauche de Jaurès
et de Blum. Quand Jaurès disait aux lycéens : «
Il faut que, par un surcroît d’efforts et par l’exaltation
de toutes vos passions nobles, vous amassiez en votre âme
des trésors inviolables » c'était le contraire
du nivellement prôné par la gauche d’aujourd’hui.
Quand Blum leur disait : « l’émulation scolaire
est une forme de l’égalité vraie, qui n’est
pas l’uniformité, mais le développement entièrement
libre des puissances individuelles » c'était le contraire
de l'égalitarisme vanté par la gauche d’aujourd’hui.
La gauche qui a trahi c'est celle, héritière de mai
68, qui demande aux enfants ce qu’ils ont envie d’apprendre,
qui dit à l’élève qu’il est l’égal
du maître, qui part en guerre contre l’élitisme
républicain qui traumatiserait les mauvais élèves,
qui explique aux professeurs que pour enseigner les mathématiques
à Paul il faut d’abord connaître Paul plutôt
que les mathématiques, et qui promet qu’on donnera
le bac à tout le monde. Cette gauche là, au final,
accepte la pauvreté pour peu qu'il n'y ait que des pauvres,
tolère les retards pour peu que personne ne soit à
l'heure, s'accommode des injustices si chacun en est également
la victime.
Cette société là, je veux le dire clairement,
je n'en veux pas.
Je refuse d'expliquer que le niveau de l'enseignement monte alors
qu'il n'y a jamais eu autant d'enfants qui ne savent ni lire ni
écrire, que la méthode globale est une réussite,
que la démocratisation de l’enseignement est un succès.
La vérité c'est que les étudiants qui se sont
révoltés en mai 68 étaient des enfants gâtés
par les 30 glorieuses. Vous êtes les enfants de la crise.
Ils ont vécu sans contraintes. Vous payez aujourd’hui
la facture.
Vous voyez le chômage, la précarité, l’exclusion
et vous vous posez tant de questions sur votre avenir.
Vous voyez la discrimination, le racisme, l'antisémitisme
et vous enragez de voir la patrie des droits de l'homme mettre au
2ème tour d'une présidentielle Jean-Marie Le Pen.
Vous voyez des gens qui dorment sur le trottoir et l’enfant
du tiers monde qui meurt de faim. Vous voyez des malheureux qui
sur leur pirogue affrontent l'océan pour gagner ce qu'ils
croient être la terre promise et qui perdent la vie avant
de toucher le rivage. Et vous n'acceptez pas que le monde qui n'a
jamais été aussi riche laisse autant de pauvres sans
perspective.
Vous voyez la planète saccagée et vous êtes
révoltés de voir l'humanité danser sur un volcan.
Au milieu de tant d’espoirs, de rêves et de promesses
que vous offre le monde, au milieu de tous les obstacles que la
société dresse devant vous et qui vous empêchent
de prendre votre élan j'ai conscience que la jeunesse hésite
sans cesse entre la joie de vivre et la peur de vivre.
Le jeune internaute qui s’enferme dans son monde virtuel a
peur du monde réel comme le jeune qui s’enferme dans
son quartier a peur du monde extérieur. Le jeune qui allonge
indéfiniment ses études a peur du monde du travail,
comme le jeune qui se drogue a peur de lui-même.
Mais on ne peut pas vivre en s’enfermant ou en fuyant.
Je vous demande de m'aider à agir si vous ne voulez pas
subir.
Dans la vie il y a les spectateurs et il y a les acteurs. Il y a
ceux qui regardent et il y a ceux qui agissent, ceux qui ont des
désirs et ceux qui les réalisent.
La France a besoin des rêves et des désirs de sa jeunesse.
Mais à quoi servent les rêves inaccomplis ? Désirer
une France nouvelle sans être capable de la construire ou
bien chercher à la construire sur des utopies comme les trente
cinq heures c’est se condamner à l'échec. La
France sera réveillée par ceux qui se lèvent
tôt, par ceux qui retroussent leurs manches pour réaliser
leurs rêves. Oui, il est possible de construire la France
dont vous rêvez et je veux la construire avec vous. Nous la
construirons ensemble.
Je ne suis pas venu pour proposer le nième plan quinquennal
pour la jeunesse.
Je suis venu vous demander d'être l'âme du changement,
d'être les acteurs d'une rupture dont je suis certain, qu'au
fond de vous-même, vous l'appelez de vos vœux. Je vous
demande par dessus tout de recommencer à espérer parce
que si nous sommes ensemble, unis, déterminés, tout
sera possible.
Vous voulez la vérité ! Cela tombe bien : je refuse
le mensonge !
La vérité c’est qu’à vous maintenir
indéfiniment dans un état de dépendance et
d’assistance, on risque de vous faire perdre l’estime
de vous-mêmes.
La vérité c’est qu’on ne rend pas service
à la jeunesse en dépréciant l’effort.
On ne rend pas service à la jeunesse en disqualifiant le
mérite.
Pourquoi travailler à l’école si la société
ne reconnaît pas la valeur du travail ?
Comment croire à la valeur de l’effort si l’école
ne l’a pas inculqué ?
On ne rend pas service à la jeunesse en détruisant
l’autorité du professeur et la légitimité
du savoir.
On ne rend pas service à la jeunesse en l’enfermant
dans la « culture jeune » et en lui enseignant qu’il
est inutile qu’elle perde son temps avec tout le reste.
On ne rend pas service à l’élève de 4e
auquel on demande d’écrire une autre fin au «
Cid » comme s’il était le rival de Corneille.
On ne rend pas service à la jeunesse en lui enseignant que
tout se vaut.
On ne rend pas service à la jeunesse en lui faisant croire
que tout est gratuit.
La vérité c’est que la jeunesse n’excuse
pas tout.
La vérité c’est que si la société
a des devoirs envers la jeunesse, la jeunesse a aussi des devoirs
envers la société, que si la famille a des devoirs
vis-à-vis de ses enfants, les enfants ont des devoirs vis-à-vis
de leur famille.
La vérité c’est qu’on ment à la
jeunesse en l’infantilisant.
Je ne suis pas venu vous proposer de vous aider à rester
des enfants. Je suis venu vous proposer de vous donner les moyens
de devenir des adultes à part entière.
Je ne suis pas venu vous proposer de construire votre avenir à
votre place. Je suis venu vous proposer de construire ensemble une
société où chacun recevra selon son mérite
et où chacun aura sa chance.
Je ne veux pas briser vos rêves.
Je veux vous donner les moyens de les vivre.
Je veux vous rendre non la certitude d’un avenir tout tracé,
mais l’espoir que vous pourrez vivre la vie que vous aurez
choisie.
Je veux vous rendre l’espoir que vous pourrez vous construire
une vie meilleure, que l'avenir peut cesser d'être une menace
pour redevenir une promesse.
Je veux vous redonner ce qu’on vous a fait perdre de plus
précieux : l’envie d’avoir envie.
A ceux qui veulent partir, je veux redonner l’envie de rester.
A ceux qui sont découragés, je veux redonner l’envie
de réussir.
A ceux qui ne veulent plus rien, je veux redonner l’envie
de vouloir.
Je veux redonner à chacun l'envie de relever tous les défis.
Aux enseignants je veux dire comme Jules Ferry : « formez
des hommes, non de grands enfants ». Je veux leur dire : vous
faites un métier formidable, le plus beau, celui qui transmet
le savoir -ce métier, vous le faites dans votre immense majorité
en vous donnant pleinement à ce qui pour vous est une vocation-
vous avez une autorité à reconquérir. L’Etat
peut vous y aider mais vous avez le devoir de le vouloir, parce
que le rapport du maître à l’élève
ne peut pas être un rapport d’égalité,
même si l’élève a vocation, un jour, à
dépasser le maître.
L’école, dans le primaire et dans le secondaire, ce
n’est pas la délibération, ce n’est pas
le colloque permanent. L'école c’est la transmission
des savoirs, des normes et des valeurs et au premier rang d'entre
elles, de celle du respect.
Je veux une école du respect où les élèves
se lèvent quand le professeur arrive, où l'élève
différent n'est pas victime de la vindicte des autres, où
celui qui a eu le moins de chance en aura autant de réussir
que celui que la vie a ménagé.
Je veux leur dire aussi que leur mission n’est pas l’intégration
à une société qui est de toute façon
la leur, mais la préparation à la vie dans cette société,
que la partie de la jeunesse qui souffre le plus ne vit pas une
crise de l’intégration mais une crise du rapport à
soi et du rapport aux autres, une difficulté croissante à
vivre en société, à vivre avec soi, même
parmi les autres.
Je veux dire aux pédagogues que s’il ne faut pas écraser
la personnalité de l’enfant, ni étouffer sa
spontanéité, qu’il faut l’encourager à
développer toutes ses potentialités, il ne faut pas
pour autant renoncer à l’instruire.
Je veux leur dire aussi que si la jeunesse sait d’instinct
qu’elle conquiert sa liberté en apprenant à
dire non, ce n’est pas une raison pour lui dire toujours oui.
Aux parents, je veux dire qu’ils ont une responsabilité
primordiale dans l’éducation de leurs enfants et qu’ils
ne peuvent s’en exonérer. Je veux leur dire que la
société peut et doit les aider à assumer cette
responsabilité. Mais je veux leur dire aussi qu’ils
seront tenus pour responsables de ne pas avoir voulu l’assumer.
A ceux qui sont encore à l’école, et qui ont
à apprendre.
A ceux qui sont sur le point d’achever leurs études
mais qui seront demain les éducateurs de leurs enfants, je
veux dire que la vie est un combat. Je veux dire qu’il n’y
a d’appropriation d’un héritage culturel que
si celui-ci est conquis et pas seulement hérité.
Je veux dire par-dessus tout que tout se mérite, que rien
n'est acquis, que rien n'est donné. C'est bien tout cela
qui, au final, confère à l'homme sa dignité
et sa liberté.
Vous voulez l’égalité ! Je la veux avec vous.
Je veux que la société vous permette de devenir des
adultes, des adultes comme les autres, avec les mêmes devoirs
mais aussi les mêmes droits, et la même considération,
pas des adultes qu’on traite comme des enfants, pas des adultes
qu’on met deux ans à l’essai, qu’on peut
licencier sans explication, qu’on peut payer avec un demi-SMIC,
pas des adultes au rabais mais des adultes à part entière
qu’on respecte, dont on reconnaît le talent, la compétence,
le travail, à leur juste valeur. Des adultes auxquels leur
travail procure de quoi se loger, de quoi vivre, de quoi fonder
une famille.
Je veux pour vous les mêmes opportunités quand vous
avez fait les mêmes études et ce, quel que soit le
quartier d’où vous venez, quelle que soit la consonance
de votre nom, ou la couleur de votre peau.
Vous voulez la justice et l’équité entre les
générations parce que les générations
qui vous ont précédés ont les créances
et que vous aurez les dettes.
Je vous propose de relever le défi de la République.
Je suis de ceux qui pensent qu’elle ne fait pas assez de
place à la diversité. Je vous propose une République
plus respectueuse de la différence. Je ne veux pas d'une
République de l'égalitarisme et du nivellement.
Je vous propose une République fondée sur le mérite
et où chacun aura sa chance, où l'on ne craindra pas
de compenser les handicaps économiques, sociaux, éducatifs
par une discrimination positive qui sera l’autre nom du volontarisme
républicain ou de l'égalité réelle,
et qui témoignera de notre volonté de combattre les
injustices.
Dans la République personne ne doit être laissé
de côté. Mais il ne peut pas y avoir de solidarité
sans contrepartie.
Je vous propose une République où les droits seront
la contrepartie des devoirs.
Je vous propose une République qui renouera avec le civisme
comme fondement d’une morale partagée et du lien social.
Je vous propose de réinventer la République en créant
un service civique par lequel chaque jeune Français entre
18 et 30 ans donnera aux autres 6 mois de son temps. Ce service
pourra être effectué en une fois ou fractionné,
à temps plein ou à temps partiel, réalisé
en France ou à l’étranger, dans toute activité
revêtant un caractère d’intérêt
général. Faut-il qu’il soit obligatoire ? Ce
mot ne me fait pas peur. Je crois qu'après une expérimentation
à grande échelle, car l'entreprise est ambitieuse
et complexe, il faut qu'il le soit. Il n’y a pas de République
sans obligations de chacun envers tous. Il y a dans l’obligation
une pédagogie du devoir et une exigence morale qui permettront
à la jeunesse de donner le meilleur d’elle-même
et qui imposeront à toute la société de faire
une place à la jeunesse. Mais dans sa mise en oeuvre cette
obligation ne doit pas être un obstacle de plus pour les études
ou pour l’entrée dans la vie active. Elle doit être
adaptée aux situations, aux parcours, aux aspirations de
chacun. Elle doit pour certains être l'occasion d'engager
une formation qui a manqué. Elle doit offrir à chacun
un enrichissement, une expérience, un moyen de se réaliser,
une occasion de s’engager pour une cause qui lui tient à
cœur.
Jeunes Français, la République est à vous.
La République c’est vous.
Vous la trouvez austère et exigeante, intransigeante parfois,
mais vous lui devez beaucoup. En lui donnant un peu de vous-même
vous manifesterez votre appartenance à cette communauté
d’hommes libres, égaux en droits et en devoirs.
Car la République est l’affaire de tous. Votre pays
a besoin de vous. La société a besoin de vous. Soyez
au rendez-vous de la France.
Ne vous y trompez pas, sans la République vous n’aurez
pas plus de liberté individuelle, pas plus de justice et
de démocratie. Vous aurez le communautarisme, la loi des
tribus, chacun renvoyé à ses origines ethniques, à
sa religion, vous aurez la citoyenneté à géométrie
variable, vous n’aurez pas moins d’intolérance
mais davantage.
La République n'est pas un choix. Pour chacun de nous, ce
doit être une exigence et un devoir.
Avec vous je veux construire la République du 21ème
siècle où sera reconnu le droit pour chacun de faire
quelque chose de sa vie et non le droit pour tous de se laisser
vivre. Pour cela je vous propose cinq droits nouveaux.
Le premier de ces droits est le droit à l’excellence
dans l’éducation et la formation.
Vous voulez être libres ! Vous avez raison. Sachez que cette
liberté se mérite. L’ignorant ne peut pas être
libre.
L'éducation c'est d'abord la famille si fragilisée
par la vie moderne, et pourtant si précieuse pour l'enfant
par l'amour, par la protection, par la solidarité qu'elle
lui offre, par les valeurs qu'elle est la seule à pouvoir
transmettre. Dans le désarroi d'une partie de la jeunesse,
il y a des familles désemparées qui n'arrivent plus
à faire face à l'éducation de leurs enfants.
Ces familles, il faut les aider. Il faut aider la jeune mère
trop vite sortie de la maternité. Il faut aider les jeunes
parents dans ces premières années d'éducation
qui vont peser si lourd par la suite. Je propose qu'on fasse faire
les devoirs à l'école pour que l'enfant dont les parents
travaillent ne soit pas livré à lui-même. Mais
le meilleur service que l'on puisse rendre aux familles c'est la
qualité de l'école.
Contre l'angoisse des familles qui s'inquiètent pour l'avenir
de leurs enfants, contre le nivellement par le bas, contre la dévalorisation
des diplômes, je vous propose un projet éducatif fondé
sur l’excellence.
Je ne veux pas installer une sélection qui ne serait que
le paravent d’une politique malthusienne qui réserverait
les études supérieures à une toute petite fraction
de la jeunesse. Mais je ne veux pas non plus d'études supérieures
qui soient synonymes d'échec, de déqualification et
de chômage. Je veux qu'un nombre plus important de jeunes
aient accès à l'enseignement supérieur. Mais
je veux que ce soit pour accroître leurs chances de réussite.
Oui, je l'assume, je veux relever le niveau d’exigence de
sorte que chacun soit incité à l’effort et au
dépassement de soi, de sorte aussi, pourquoi ne pas le dire,
que ceux qui n’ont pas envie de travailler ne puissent pas
empêcher ceux qui veulent étudier de le faire.
Je propose d’en finir avec le passage en 6e d’enfants
qui ne savent ni lire ni écrire, car c'est les condamner
à un échec certain.
Je propose d’en finir avec le passage automatique dans la
classe supérieure jusqu’en 3e des élèves
qui n’arrivent pas à suivre, car c'est les condamner
à en faire des exclus au sein de notre école républicaine.
Je propose que lorsque les handicaps sont trop lourds on organise
des classes de 15 élèves et que soient créés
pour les bons élèves issus de familles modestes des
internats d’excellence, pour que chacun ait la chance de bénéficier
d'un environnement favorable.
Je propose d’en finir avec l’abaissement du niveau du
bac pour pouvoir le donner plus facilement à tout le monde.
Je propose d’en finir avec l’obligation pour l’université
d’accueillir des étudiants qui ne sont pas suffisamment
préparés aux études supérieures, au
point que les deux tiers d'entre eux abandonnent avant la fin de
la deuxième année. A l'amertume s'ajoute la perte
de temps.
Je propose que l’Université reçoive davantage
de moyens mais qu’elle soit plus autonome, plus proche du
monde de l’entreprise, plus impliquée dans la recherche,
qu'elle puisse réguler l’accès à certaines
filières dont les débouchés sont faibles, pour
qu’enfin tant d’étudiants ne se retrouvent plus
engagés dans des voies sans issues.
Je propose de construire ensemble un projet éducatif qui
aura pour finalité de faciliter le passage de la jeunesse
à l’âge adulte, non de le retarder.
Je veux construire une école qui donne envie d’apprendre.
Je veux construire une école qui renoue avec une conception
exigeante de la culture et du savoir.
Je veux construire une école capable d'être le creuset
d’une culture commune.
Chacun est libre de mettre ce qu’il veut dans le mot «
culture », libre de trouver son plaisir où il l'entend.
Je n’ai jamais partagé l’idée selon laquelle
la culture populaire serait une sous-culture, la chanson serait
un art mineur, et la valeur d’une œuvre d’autant
plus grande qu’elle serait ésotérique et confidentielle.
Chaque génération invente des formes de pensée,
d’art et de culture, des idéaux, des manières
de vivre qui lui sont propres. Vous êtes en train d’inventer
les vôtres.
Vous êtes la génération de la communication
et des marques.
Vous êtes la génération d’internet, du
portable, du rap et de la techno.
Nul ne refera le monde d’avant les SMS, les blogs et les jeux
vidéo.
Nul ne refera le monde d’avant la société de
consommation, d’avant la globalisation.
Mais il faut s’entendre sur le rôle de l’école.
L’école n’est pas faite pour apprendre aux jeunes
à être jeunes.
L’école est là pour vous donner les moyens de
penser par vous-même, pour vous mettre en contact avec les
plus grandes œuvres de l’esprit, pour vous apprendre
à faire la différence entre Madame Bovary et un compte-rendu
de fait-divers dans un journal, entre Antigone et Harry Potter.
Après, vous lirez ce que vous voudrez.
La démocratisation de la culture c’est se donner les
moyens de faire comprendre et aimer Sophocle, Shakespeare ou Racine
au plus grand nombre. Ce n’est pas supprimer Sophocle, Shakespeare
ou Racine des programmes pour qu’un plus grand nombre d’élèves
puisse suivre plus facilement. Ce n’est pas alléger
le programme de mathématiques pour faciliter la vie de ceux
qui doivent faire un effort. C’est faire aimer et comprendre
les mathématiques même à ceux qu’elles
rebutent.
La démocratisation de la culture c’est qu’un
nombre de plus en plus grand de jeunes s’engage dans la vie
avec dans la tête des notions de science et d’humanité
qui leur permettront de se comprendre et de comprendre le monde.
C’est qu’un nombre de plus en plus grand de jeunes affrontent
l’existence avec l’esprit ouvert pour accueillir toute
la beauté du monde et les moyens d’exprimer ce qu’ils
éprouvent.
Les maîtres qui ont enseigné à ma génération
nous ont fait un cadeau dont alors nous n’imaginions pas le
prix en nous faisant réciter les fables de La Fontaine et
quelques vers de Verlaine ou de Victor Hugo.
C’est le drame d’une partie de la jeunesse actuelle
de n’avoir pour s’exprimer que la violence ou le repli
sur soi parce qu’on ne lui a pas donné la culture.
Vous ne perdrez jamais votre temps avec les grandes œuvres
de l’esprit. Elles auront toujours quelque chose à
vous inspirer.
Vous ne perdrez jamais votre temps avec les peintres, les poètes
et les musiciens parce que les peintres, les poètes et les
musiciens vous feront voir la beauté des choses. Ils vous
apprendront à exprimer l’indicible.
Vous ne perdrez jamais votre temps avec les savants et les philosophes.
Ils vous apprendront à chercher votre vérité.
Mais je veux construire une école qui n’opposera pas
le corps et l’esprit et qui ne confondra pas le sport avec
l’éducation physique. Je veux construire une école
où le sport sera considéré comme une discipline
fondamentale parce que le sport est une morale de l’effort
et une éthique. Parce que le sport c’est le dépassement
de soi et le respect des autres.
Je veux construire une école où la culture technique
sera partie intégrante de la culture générale
et qui fera découvrir aux élèves les cultures
et les métiers de l’artisanat pour que chacun puisse
choisir sa voie en fonction de ses goûts et pas seulement
à travers la sélection par l’échec. Je
veux que l’apprentissage soit une vocation et non un pis aller.
Au fond je veux que l’apprentissage devienne une filière
d'excellence
Vous voulez trouver un emploi ! C'est une juste revendication. Et
ma plus grande ambition c'est que dans 5 ans le taux de chômage
soit tombé dans notre pays à 5 %.
Vous voulez vivre de votre travail ! Ce doit être un droit
pour chacun.
Alors je vous propose de relever le défi du chômage
de la seule façon possible, en revalorisant le travail parce
que c’est le travail qui crée le travail. Je vous propose
de moins taxer le travail pour enrichir le contenu en emploi de
la croissance. Je vous propose de gagner plus si vous travaillez
plus. Je vous propose de ne plus payer aucun impôt ni aucune
charge sur les heures supplémentaires. Je vous propose d’encourager
l’embauche en sécurisant les parcours professionnels
plutôt que les emplois, c'est-à-dire en faisant en
sorte que chacun ait un emploi, tout en acceptant que l'emploi change.
Je vous propose de remplacer la logique du partage par celle de
la croissance, car il faut créer la richesse avant de la
distribuer.
Je vous propose de relever le défi de la société
de la connaissance.
Dans la société de la connaissance c’est la
formation qui fait la compétitivité.
Dans la société de la connaissance c’est le
capital humain qui fait la croissance.
Dans la société de la connaissance on ne peut pas
s’arrêter d’apprendre.
Dans la société de la connaissance on ne peut pas
vivre sur ses acquis.
Dans la société de la connaissance l’inégalité
d’accès au savoir est la pire des inégalités.
Dans la société de la connaissance l’égalité
des chances c’est donner à chacun tout au long de sa
vie l’accès au savoir.
Le deuxième droit nouveau que je vous propose, c’est
le droit à l’éducation et à la formation
tout au long de la vie.
Je vous propose non un nouveau droit pour la jeunesse, mais un
droit pour tous grâce auquel la jeunesse d’aujourd’hui
pourra construire le monde de demain.
Je propose que soit reconnu à chacun un droit à l’éducation
et à la formation, que chacun reçoive un compte épargne
formation c'est-à-dire un capital initial de formation par
exemple de 20 années qui s’épuisera au fur et
à mesure des années d’études et qui se
reconstituera au fur et à mesure que les années d’activité
professionnelle amèneront de nouveaux droits.
Je propose que ces droits soient librement transférables,
qu’ils soient applicables à tous les types de formation
qu’elles soient intellectuelles ou professionnelles, sous
forme scolaire, sous forme de stages ou en alternance.
Je propose qu'en même temps que seront améliorées
les bourses et les facilités de logement des étudiants,
l'on crée pour eux un système de prêt à
taux zéro garanti par l'Etat.
Il s’agit d’opérer une véritable révolution
culturelle. Il s’agit de changer les mentalités et
les comportements. Il s’agit de passer entre la société
et les jeunes qui veulent étudier, qui veulent se former,
un contrat qui comporte des droits et des devoirs. Le droit à
la formation tout au long de la vie va du reste obliger toute la
société à une réflexion en profondeur
sur l'autonomie de la jeunesse étudiante.
Il faut que soit reconnu un véritable droit à la
deuxième chance.
C’est le troisième droit nouveau que je vous propose.
Je propose que soient étendues et multipliées les
formules comme le Conservatoire National des Arts et Métiers
ou la capacité en droit qui permettent à n’importe
quel âge de poursuivre les études supérieures
sans le bac. Je propose que le compte épargne formation comporte
un volet qui soit un capital deuxième chance. Je propose
que soit développé sur une grande échelle le
système de l’école de la deuxième chance.
Marseille a créé avec succès la première
d’entre elles. Le moment est venu de tirer les leçons
de cette expérience réussie et de la généraliser
avec le soutien de l’Etat. L’objectif devrait être
de créer au moins une école de la deuxième
chance par département en cinq ans et une par bassin de 100
000 habitants en dix ans.
Le quatrième droit nouveau que je vous propose, c’est
le droit à la première expérience professionnelle.
Je propose que chaque jeune puisse utiliser son droit à
formation pendant les six premiers mois de sa première expérience
professionnelle. Je propose que le service civique obligatoire contribue
à rendre effectif ce droit à la première expérience
pour tous. Ce droit aura pour contrepartie le devoir pour la société
en particulier pour l’Etat, les collectivités locales,
les associations qui reçoivent de l’argent public et
les entreprises qui bénéficient de la commande publique
d’offrir une place à tous les jeunes qui veulent se
confronter au monde du travail.
Le cinquième droit nouveau que je vous propose, c’est
le droit à la création.
Vous voulez être des créateurs ! Je veux vous donner
les moyens de réaliser vos projets parce qu’ils portent
en eux le monde de demain. Je vous propose de construire une société
de créateurs et d’entrepreneurs.
Je vous propose que chaque université soit dotée
d’un dispositif d’aide à la création d’entreprise.
Je vous propose que les projets à buts non lucratifs soient
autant soutenus que les projets à buts lucratifs.
Je vous propose que des écoles de projets vous aident à
réaliser vos ambitions.
Je vous propose de développer le micro crédit pour
financer les micros projets.
Je vous propose des prêts aux jeunes créateurs à
taux zéro, parce que l’intérêt c’est
le prix du temps, parce qu’un taux zéro c’est
un acte de foi dans l’avenir.
Malraux voulait créer partout des Maisons de la culture pour
mettre la culture à la portée de chacun. Dans notre
époque où c’est l’intelligence collective
qui enfante l’avenir, où c’est le métissage
des cultures et des idées, le mélange, le brassage
qui est la principale force de création dans tous les domaines,
je propose de créer partout des Maisons des créateurs
où se retrouveront tous ceux qui aspirent à inventer,
à créer, à entreprendre dans tous les domaines,
où ils pourront trouver des soutiens, des conseils, des formations,
des aides, mais aussi où ils échangeront, où
ils croiseront leurs expériences, leurs idées, leurs
projets, où ils formeront des projets communs, où
ils inventeront ensemble l’avenir.
Vous voulez être citoyens du monde.
Vous le serez par votre engagement dans le combat contre la dégradation
de la planète.
Il faut sauver la planète des conséquences d'une suractivité
humaine. Chaque être raisonnable et responsable peut et doit
partager ce constat. Car la Terre est menacée de mort lente
par asphyxie, par épuisement des ressources, par disparition
des espèces. Quand la moitié des forêts primitives
ont déjà disparu de la surface du globe, quand les
glaces du Groenland fondent, quand on prévoit que les émissions
mondiales de gaz carbonique vont augmenter d’au moins
75 % dans les 25 ans à venir alors que la situation est déjà
critique, vous sentez bien qu’on ne peut plus attendre. L’effet
de serre, la pollution des océans, le pillage des ressources
naturelles n’auront pas pour effets que le changement climatique,
la désertification, l’appauvrissement de la biodiversité,
la dégradation de la santé ou la mise en péril
de la vie des plus fragiles comme ce fut le cas lors de la canicule
il y a 3 ans. Les guerres de la faim et les guerres de l’eau
qui menacent le monde à venir pourraient bien être
les plus terribles que l’humanité ait connues parce
que ce seront des guerres désespérées.
Pour éviter demain une société de privation,
il nous faut organiser aujourd’hui une société
de modération.
Vous sentez bien que le problème de l’environnement
n’est plus seulement désormais le problème de
la qualité de la vie mais le problème de la vie tout
court. Votre génération ne doit pas refaire les erreurs
que nous avons faites.
C’est à vous qu’il appartient en priorité
de sauver l’avenir.
C’est à vous qu’il appartient de faire la leçon
aux générations précédentes et de faire
triompher le point de vue de la vie.
En matière d’environnement, ce sont les jeunes qui
font l’éducation de leurs parents. Quand le tri sélectif
réussit à s’imposer, c’est grâce
aux enfants. Quand il s’agit de sauver des espèces
animales menacées de disparition ce sont les enfants qui
poussent leurs parents à s’engager.
Vous héritez d’un monde au bord de la catastrophe.
Ce monde vous voulez le sauver parce qu’il est déjà
le vôtre et parce qu’il sera celui de vos enfants et
de vos petits-enfants. Mais personne ne sauvera la planète
sans l’effort de chacun. Pour préserver l’avenir
il faut cesser de préempter toutes les ressources des générations
futures au profit des générations présentes.
Il faut que chacun d’entre nous cesse de tirer des traites
écologiques sur les générations à venir.
Car cette dette a ceci de tragique qu’elle n’est pas
remboursable. La vie détruite ne ressuscitera pas. L’équité
entre les générations est une nécessité
vitale et morale. Elle exige que chacun paye ce qu’il consomme.
Elle exige que chaque génération supporte entièrement
le coût des décisions qu’elle prend.
Vous voulez sauver la planète et vous avez raison !
Vous ne la sauverez pas avec les idéologues du retour à
la nature.
Vous ne la sauverez pas en reniant l’économie, la science
et le progrès mais en les mettant au service d’un développement
durable.
Le développement durable ce n’est pas la fin du travail,
c’est l’emploi durable.
Ce n’est pas la croissance zéro, c’est la croissance
durable.
Ce n’est pas le rejet de la technique, c’est la technologie
propre.
Ce n’est pas l’abolition du marché, c’est
le principe pollueur-payeur.
Ce n’est pas la frilosité, c’est la responsabilité.
Tous les partis ont failli. Nous avons tous failli.
Il est temps de réagir.
Je vous propose d’accomplir ensemble quatre révolutions.
La première, c’est que le libre-échange ne puisse
pas s’affranchir de la responsabilité écologique.
Je propose que la France défende l’idée qu’à
côté du droit international du commerce qui veille
au respect du libre échange il doit exister avec la même
force juridique un droit international de l’environnement,
un droit international du travail, un droit international de la
culture et de l’éducation ou encore de la santé,
de sorte que la logique marchande ne soit pas la seule à
prévaloir et que la loi de la concurrence et du profit ne
soit pas la seule loi du monde.
Chacun de ces droits doit avoir sa juridiction, et chacune doit
avoir l’obligation de soumettre aux autres sous forme de question
préjudicielle les questions qui ne relèvent pas de
sa compétence. En attendant, la France, pour elle-même,
doit donner l’exemple au monde.
La deuxième révolution que je vous propose, c’est
de faire du développement durable le critère de toutes
nos politiques publiques.
En changeant nos modes de décision, de production, de transport.
En mettant des objectifs environnementaux dans la politique de la
commande publique.
En consacrant deux jours du service civique obligatoire à
expliquer le développement durable à tous les jeunes.
En investissant massivement dans la recherche et le développement
des énergies renouvelables en des énergies nouvelles.
En investissant dans le nucléaire qui ne produit pas de gaz
à effet de serre.
La troisième révolution que je vous propose, c’est
de réformer en profondeur notre fiscalité.
Puisque la délocalisation de l’emploi oblige à
chercher des alternatives à la taxation du travail, je propose
que l’on se décide enfin à substituer en partie
la taxation des pollutions, en particulier de l’énergie
à effet de serre, à la taxation du travail.
Je vous propose enfin, et c’est la quatrième révolution,
qu’en matière d’environnement la responsabilité
des personnes morales ne soit plus limitée mais illimitée
de sorte que chaque maison-mère soit pleinement engagée
par le comportement écologique de ses filiales.
Il faudra aussi que la démocratie progresse. Ce sont les
régimes les plus antidémocratiques qui ont été
responsables de la plupart des grandes catastrophes écologiques
du siècle dernier. Il n’y a pas de place pour le débat
sur l’environnement dans les dictatures.
Il faudra surtout que le problème du sous-développement
soit résolu. Il est bien difficile de se projeter dans le
futur quand on meurt de faim.
Mais on ne résoudra pas le problème du sous-développement
seulement par la compassion et la charité. On ne le résoudra
pas non plus en développant les uns au détriment des
autres. On ne nourrira pas le Tiers Monde en détruisant l’agriculture
européenne mais en assurant l’autosuffisance alimentaire
de chaque région du monde. On ne sauvera pas la planète
en faisant du Tiers Monde la poubelle industrielle de l’Occident.
Le vrai défi c’est celui du co-développement.
Je vous propose que le service civique offre la possibilité
à toute la jeunesse qui le souhaite de s’engager dans
les grandes causes humanitaires du monde et dans le co-développement.
Ce qui est sûr c’est que ce monde qui change a besoin
d’un nouvel humanisme.
Ce nouvel humanisme nous allons contribuer à le construire
ensemble.
Il ne peut pas avoir seulement pour but de rendre supportable à
l’homme moderne sa condition tragique.
Il ne peut pas être seulement une forme de consolation.
Il ne peut pas être non plus une forme réactualisée
du remords. Et encore moins de la bonne conscience.
Mais il doit être ce par quoi nous allons pouvoir repenser
le monde en termes de liberté et de volonté, ce par
quoi nous allons penser l’avenir non en termes de précaution
mais de responsabilité, ce par quoi nous allons penser notre
rapport aux autres non en termes de charité mais de fraternité.
Au fond c'est cela la noblesse de la politique : porter le débat
démocratique vers le plus haut et tourner le dos à
tout ce qui le rabaisse, le rapetisse, l'avilit.
Mais vous ne serez pas d’autant plus citoyens du monde que
vous serez moins citoyens français.
Vous serez d’autant plus citoyens du monde que vous serez
davantage citoyens en France.
C’est la fierté d’être Français
qui rendra à la jeunesse française la force d’écrire
sa propre histoire. C’est elle qui portera l’élan
collectif par lequel vous redeviendrez capables de transformer le
monde.
La France est votre pays, c'est votre nation, c'est votre patrie
et vous n’en avez pas d’autre, même si vos parents
ou vos grands-parents sont venus d’ailleurs.
Haïr la France c’est se haïr soi-même. Manquer
de respect à la France c'est perdre sa dignité. Ne
pas aimer la France quand on est Français c'est se renier
soi-même.
Aimez la France ! Elle le mérite. Donnez-vous les moyens
de la transformer si vous trouvez qu’elle n’est pas
à la hauteur de l’idée que vous vous faites
d'elle. Prenez vos responsabilités, mobilisez-vous, agissez
pour l’élever jusqu’à l’idéal
que vous souhaitez la voir incarner.
Battez-vous pour construire, non pour détruire.
On ne change pas le monde en brûlant la voiture du voisin,
en renversant la table, en insultant son professeur. C'est une lâcheté
qui finit par devenir une complicité, que celle qui consiste
à excuser l'inexcusable. Je n'ai pas l'intention de me taire
devant des comportements inacceptables.
La France est à vous. Elle est votre héritage. Votre
bien commun. Ne lui demandez pas d’expier ses fautes. Ne demandez
pas aux enfants de se repentir des fautes des pères. Ne réécrivez
pas l’histoire et ne jugez pas le passé avec le regard
du présent.
Après la guerre De Gaulle n’a pas dit à Adenauer
: « expiez d’abord, nous verrons après ».
Il lui a dit : « De tant de sang et de larmes, rien ne doit
être oublié mais, chacune renonçant à
dominer l’autre, la France et l’Allemagne ont discerné
ensemble quel était intérêt commun ».
Et à la jeunesse allemande il n’a pas dit : «
vous êtes coupable des crimes de vos pères ».
Il lui a dit : « je vous félicite d’être
de jeunes Allemands, c’est-à-dire les enfants d’un
grand peuple qui parfois, au cours de son histoire, a commis de
grandes fautes ».
Je ne vous propose pas l’oubli des origines, le reniement
de soi, l’uniformité. Je vous propose de prendre en
partage un extraordinaire héritage de langue, de pensée,
d’histoire, d’art, de science, de musique, de mœurs
et de le faire fructifier.
Ce que je vous propose c’est quelque chose en plus, pas quelque
chose en moins. Ce que je vous propose c’est de retrouver
les raisons d’être fiers d’appartenir à
un grand peuple qui a quelquefois commis des fautes…
Ce que je vous propose, c’est d'apporter votre pierre à
cette culture commune qui se définit elle-même non
comme un particularisme mais comme l’héritière
de la raison universelle et de toutes les civilisations qui ont
apporté quelque chose à l’idée d’humanité.
Une culture qui depuis des siècles oppose l’universalité
de ses principes au déterminisme des généalogies
et des racines, ne devrait avoir aucun mal à s’accommoder
d’identités multiples pourvue que la volonté
de participer à une communauté de destin et de pensée
soit réelle.
Et si vous doutez alors écoutez, jeunes de France ce que
disait Senghor le poète de la négritude : «Nous,
politiques noirs, écrivains noirs, nous nous sentons, pour
le moins, aussi libres à l’intérieur du Français
que dans nos langues maternelles. Plus libres, en vérité,
puisque la liberté se mesure à la force de création».
Les enfants des Etats-Unis, qui sont une nation d’immigrés,
écoutent l’hymne américain et saluent la bannière
étoilée la main sur le cœur. Pourquoi les jeunes
Français ne devraient-ils être fiers de leur pays que
lorsque l’équipe de France marque des buts ? Chanter
la Marseillaise n'est pas ringard. S'émouvoir devant le drapeau
tricolore n'est pas démodé. Aimer sa patrie n'est
pas dépassé.
Je ne vous propose pas de défendre une exception française
qui voudrait rester à l’écart des changements
du monde.
Nous ne sauverons pas le français face à l’anglais
en interdisant à nos enfants d’apprendre l’anglais
mais en leur faisant apprendre une troisième langue et en
exigeant de tous nos partenaires que dans leurs trois langues il
y ait le français.
Nous ne retiendrons pas la jeunesse en essayant de l’empêcher
de partir mais en la faisant voyager et en lui offrant la possibilité
de réaliser ses rêves ici ou ailleurs.
Je vous propose d’inventer un nouveau modèle français.
A la jeunesse qui a voté non à la constitution européenne
malgré le formidable travail de préparation du Président
Giscard d'Estaing, je veux dire :
L’Europe est votre avenir parce que l'Europe est un projet
de paix et de civilisation.
L'Europe ne doit pas rester la propriété des spécialistes.
Je vous propose de construire une Europe où les peuples se
reconnaîtront dans les décisions qui sont prises en
leur nom.
Je ne veux pas d'une Europe condamnée à devenir une
simple zone de libre-échange, je veux rester fidèle
au projet d'Europe politique des pères fondateurs. Je vous
propose une Europe qui se dotera de frontières car tous les
pays n'ont pas vocation à intégrer l'Union. Une Europe
qui ne craindra pas d'affirmer sa volonté d'établir
une préférence communautaire. Au fond ce que je veux
pour vous c'est une Europe qui soit une puissance pas une virtualité.
L’Europe ne doit pas subir. L'Europe doit agir.
L’Europe a besoin d’un souffle nouveau, d’une
vision neuve de son avenir.
L’idéal européen agonise ? Eh bien, ressuscitons-le
!
Parce que s’il meurt, c'est l’humanisme européen
qui mourra aussi. L’homme européen, l’idée
qu’il se fait de la dignité humaine, son attachement
à la liberté de l’esprit, ses valeurs spirituelles
seront alors menacées de disparaître parce qu’aucune
nation européenne ne sera par elle-même assez forte
pour les opposer valablement à l’uniformisation du
monde et pour faire entendre sa voix avec assez de force dans le
dialogue des cultures.
Malraux avait raison : « l’Europe ne sera pas un héritage,
ce sera une volonté ou la mort ». Cette volonté,
s’il doit y en avoir une ce doit être la vôtre.
Jeunes d’aujourd’hui on vous dit que les jeunes d’hier
étaient heureux et que vous seriez condamnés au malheur.
Mais souvenez-vous, elle n’allait pas très bien la
jeunesse française en 1815, en 1918, ou en 1940.
On dit que les jeunes sont égoïstes et qu’avant
vous la jeunesse était généreuse. Mais jamais
jeunesse ne s’est montrée aussi concernée par
les grands problèmes humanitaires, jamais autant de jeunes
ne se sont sentis aussi concernés par les grandes causes
du monde qu'aujourd'hui.
On dit que les jeunes n'ont pas de conscience politique. Mais la
jeunesse étudiante de 68 qui célébrait Mao
et Castro, tyrans du monde, en avait-elle davantage ?
On dit que les jeunes d'aujourd'hui ont peu de culture. Mais jamais
autant de jeunes ne sont allés aussi longtemps à l’école.
Jamais jeunesse n’a su autant de choses que ses parents ne
savaient pas. A qui la faute si pour une grande partie de la jeunesse
la transmission s’est arrêtée ?
On dit que les jeunes ont perdu leur âme. Mais jamais depuis
des siècles la quête spirituelle pour autant de jeunes
n’a été aussi intense et jamais jeunesse n’a
exprimé autant d’exigence morale. Jean Paul II était
et restera une référence pour la jeunesse du monde.
Parce que sans complaisance, sans hypocrisie, sans lâcheté
il a su lui parler.
On dit que les jeunes sont blasés et désenchantés.
Mais qui le dit ? Ceux qui empêchent de croire, de rêver,
d’imaginer, empêtrés qu'ils sont dans une aigreur
désabusée.
Ne vous laissez pas décourager.
Ne vous laissez pas dévaloriser.
Ne vous avouez pas vaincus.
Jeunes d’aujourd’hui vous êtes semblable à
toutes les jeunesses d’hier.
Comme elles vous aspirez à un monde meilleur.
Comme elles vous avez soif d’absolu.
Comme elles vous portez en vous le ferment des révolutions
à venir.
Comme elles ont pleuré leurs premières amours, vous
pleurerez à votre tour. Et ces blessures intimes vous feront
grandir.
Comme elles ont vécu l’angoisse de partir vers leur
propre destinée, vous la vivrez à votre tour.
Jeunes de France ce qu’ont fait vos parents vous pouvez le
faire aussi.
Jamais le monde n'a donné à sa jeunesse autant d'opportunités.
Ce qu’ont accompli les hommes de la Renaissance à partir
du jour où ils se sont mis à croire que tout était
possible, vous pouvez l’accomplir aussi.
Comme la jeunesse de la révolution a balayé le vieux
monde, comme la jeunesse de la Résistance a mis un terme
à la guerre civile européenne. Comme la jeunesse tchèque
a pris sa revanche sur le printemps de Prague. Comme un jour la
jeunesse chinoise finira par effacer Tien-An-Men, vous changerez
le monde si vous ne laissez personne vous voler vos rêves.
Tout est possible. Tout est possible si on le veut. Et ici à
Marseille je suis venu vous dire que nous le voulons plus qu'ailleurs.
Plus que jamais. Plus que quiconque ne l'a jamais voulu !
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