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La réponse de Christian Chavrier

la décadence européenne.
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Avec un peu d'ironie, je dirais que, ainsi posée, la question de la prétendue "décadence" des démocraties européennes à de quoi réveiller la sagacité d'un énarque. N'étant pas moi-même issu d'une grande école de l'Etat, ma réponse sera pragmatique et fidèle à mes convictions européennes, écologistes et fédéralistes. Car seule la réalité peut donner du sens à l'action politique. La réalité, c'est que la France est devenue un petit pays, qui ne peut plus compter sur sa seule renommée pour exprimer des valeurs universelles, ni sur sa seule puissance - supposée ou réelle - pour affirmer une direction économique.

C'est l'Europe qui doit prendre le relais. Ceux qui rejettent cette idée à priori se fâchent inutilement avec l'Histoire ; leur discours est vain. L'Europe en tant que construction politique permanente pour l'avenir représente, selon les Fédéralistes, l'oeuvre à poursuivre pour sortir de la "décadence", si tant est que "on" (pour reprendre l'intitulé de votre question) puisse définir ce terme fourre-tout.

Vous comprendrez donc que je m'attache ici non pas à la situation franco-française mais à cette ambition européenne, qui est aujourd'hui - selon moi et ma famille de pensée - le meilleur argument pour tirer vers le haut ces valeurs de la démocratie que nous avons collectivement fondées, et qu'il faut développer ensemble, n'en déplaise aux réactionnaires de droite et de gauche qui rêvent encore à la "grandeur de la Nation" et au "patriotisme économique". La décadence niche parfois dans les ressentiments passéistes...

Or donc, pour la famille fédéraliste que j'ai la chance de représenter dans cette pré-campagne présidentielle, le constat européen est à la fois triste et digne d'espoir.

Premier chapitre, en forme d'exemple : l'Europe ne parle pas d'une seule voix sur la scène internationale. C'est un handicap souvent affirmé, à juste titre. Mais le poids de l'Europe dans le jeu diplomatique pour l'équilibre de la planète reste conséquent. Ainsi, les électeurs français doivent par exemple savoir que l'aide financière accordée (unanimement) par l'Union européenne au Proche-Orient est 8 fois plus importante que celle des Etats-Unis d'Amérique. En outre, l'Europe distingue entre l'aide destinée aux gouvernements et celle qui sert la société civile. Ce qui a permis par exemple de sanctionner le Hamas en Palestine sans pour autant couper les vivres aux associations qui oeuvrent ouvertement pour la paix dans la région. Malheureusement, la cacophonie des diplomaties européennes, qui jouent chacun dans leur coin, n'aident pas à la compréhension de l'Europe et à sa force de conviction en tant que puissance régionale d'équilibre. La première direction d'un nouveau gouvernement français fondé sur les valeurs du fédéralisme serait de proposer à nos voisins cette ambition collective pour que l'Europe soit unie face aux dangers du monde. Par ailleurs, que dire des poids respectifs des démocraties d'Europe, prises isolément, face aux nouveaux géants qui "menacent" le monde et ses ressources (notamment la Chine).

Le deuxième chapitre nous amène justement à l'écologie ! Raison d'espérer d'abord : sans l'Europe, le protocle de Kyoto n'aurait pas vu le jour. Motif de tristesse : ce protocole est surtout d'un catalogue d'intentions pour limiter le réchauffement climatique et bâtir une économie consciente de la fragilité des ressources naturelles qui sont un bien commun planétaire. Mais la communauté européenne, qui oeuvre depuis plus de 50 ans pour la protection du consommateur et la santé - au sens large - de son environnement a fini par engager son poids sur le terrain de l'écologie mondiale. Le problème, c'est que chaque pays membre de l'UE voit les solutions d'un oeil partial et isolé. Ensemble, nous serions plus forts et plus efficaces. L'indépendance énergétique de l'Europe, qui rejoint la gestion des ressources naturelles, réside aussi dans l'instauration d'une Union politique. Un des projets les plus importants pour l'UE, c'est de bâtir une écologie commune des ressources énergétiques pour le Continent, s'appuyant sur les progrès technologiques et la limitation des excès de l'économie productiviste. Seule, la France n'y parviendra pas. Dans le domaine de l'écologie, on ne peut pas véritablement parler de "décadence" mais plutôt de cadence à trouver pour s'engager sur la voie d'une union politique européenne efficace, qui donner à nos enfants des raisons de se réjouir de leur héritage. J'ai la conviction qu'un gouvernement fédéral européen serait le mieux placé pour mettre en oeuvre cette cadence.

Le troisième chapitre nous amène à l'économie. Celle-ci doit être liée intimement à nos choix écologiques. C'est ce qui a conduit le PF à nouer des liens de travail avec Génération Ecologie (entre autres), hors du clivage gauche - droite. La présidente de GE, France Gamerre, donnera d'ailleurs une conférence sur ce thème lors de l'université de rentrée du PF, les 21 et 22 octobre. Le cycle économique que nous vivons peut sembler décadent, au sens où les notions de travail et de richesse produite sont en pleine mutation. Non, le travail n'est pas l'unique destin de l'Homme moderne en Europe. Non, la richesse n'est pas seulement une production quantifiable en valeur ajoutée, au sens traditionnel. Il nous faut trouver un modèle économique soutenable et qui supprime l'exclusion. Je dis bien "supprime". Car c'est possible. La priorité des Fédéralistes est d'instaurer un revenu inconditionnel de base pour tous. Modèle que nous souhaitons pour l'Union fédérale européenne. Je vous renvoie à la lecture de notre site pour en savoir plus sur la mécanisme de sa mise en oeuvre. La place nous manque ici. (www.parti-federaliste.fr)

Enfin, en matière de culture et de rayonnement artistique, le "déclin" - relatif - de la France et de l'Europe dans le monde sont probablement liés à l'absence de gouvernement européen, ainsi qu'à cette nostalgie - parfois inconsciente - des puissances coloniales que furent des pays comme la France. Regarder le monde avec modernité, c'est avoir à l'esprit aussi bien l'urgence de la diversité que la nécessité de progresser vers la communauté de nos intérêts. Ce sont là, selon moi, nos deux axes prioritaires, à l'échelle européenne. En quelques mots, il me semble que nous devons reconstruire une éducation fondée sur la diversité linguistique, le partage des connaissances, le respect de l'autre et la valeur de la personne sans viser forcément des objectifs de "croissance" au sens traditionnel et... "décadent" du terme. Car le modèle que nous connaissons s'écroulera de lui-même si nous ne voulons pas le réformer.

La réalité mondiale s'impose à nous, la volonté politique doit donc imposer la meilleure façon de vivre avec cette réalité.

Christian Chavrier, président du PF, candidat à la présidence de la République