


Résultats du premier tour
Le protectionnisme comme enjeu de la campagne.
Le centre en tant que force politique connut ses heures de gloire entre les années 1880 et 1958. A l’époque, il ne s’appelait pas encore UDF, Modem ou Nouveau Centre mais MRP, Parti Radical... Les partis centristes jouaient alors un rôle central d’équilibre des majorités en constituant des alliances opportunistes avec la droite ou la gauche. Les députés centristes faisaient et défaisaient de nombreux gouvernements. Dans la foulée de la seconde guerre mondiale, le Centre était d’autant plus nécessaire que les Communistes, qui formaient le premier Parti de France, étaient exclus de toute participation au Gouvernement.
e centrisme n’est pas qu’une attitude politique et opportuniste. C’est en fait un positionnement idéologique assez précis dont la doctrine a particulièrement bien été définie dans les années 1970. c'est un parti ouvert à la société, aux initiatives privées et à la société civile, au libéralisme politique et économique. Précurseur sur les questions de société, raisonnable et pragmatique dans sa gestion de l’argent public, ouvertement pro-européen à l’extérieur, il est décentralisateur en France et s’oppose au jacobinisme des grands partis de droite et de gauche. Ses valeurs se veulent à la fois individualistes et généreuses, prônant la réconciliation du libéralisme et de la solidarité sociale. Les institutions de la 5ème République, en particulier le changement de mode d’élection du Président de la République au suffrage universel à deux tours ont depuis 1962 quasiment détruit toute possibilité pour le Centre d’accéder au sommet du pouvoir. La seule exception à cette règle fut l’élection en 1974 de Giscard, qui était tout de même clairement positionné à droite en tant que ministre des Finances sortant.
Le centre est néanmoins issu de deux cultures, dont l’héritage remonte au 18ème et 19ème siècle, qui ont en commun beaucoup d’intérêts mais pas de culture politique partagée. D’un coté, les Chrétiens Démocrates. De gauche, républicains, ils sont laïques tout en étant profondément attaché à la doctrine sociale de l’église. De l’autre, les libéraux, penchant à droite, croyant aux valeurs d’enrichissement personnels et individualistes. Bref, une famille éclatée qui finit toujours par quitter le centre pour se positionner soit à gauche (Rocard, Strauss Kahn, Delors… pour les Chrétiens Démocrates), soit à droite (Borloo, voire Bayrou pour les Libéraux). Même si la question de leur collaboration est régulièrement posée, aucun pont ne peut relier ces deux familles dont les priorités politiques sont pourtant si proches.
Le phénomène n’est pas franco-français. On observe dans beaucoup de pays que le Centre libéral est depuis les années 1990 de plus en plus allié à des politiques sécuritaires et souverainistes,
très éloignées des valeurs centristes. Les pouvoirs actuellement installés en Italie, en Hongrie, en France, en Allemagne, en Angleterre sont de bons exemples de ces associations contre-nature. Parallèlement, les grandes idées du centre ont été dans beaucoup de pays européens reprises à leur compte par la droite, au moins verbalement, réduisant l’originalité des Centristes.
Alors que le Centre donnait, avec le très bon score de François Bayrou l’illusion en 2007 de représenter une force politique majeure, il perdait en parallèle, faute de négociations et d’alliances, presque toute capacité à influer sur le pouvoir. Le Centre a dilapidé assez vite son capital et a rarement été aussi faible en nombre d’élus dans l’histoire contemporaine. C’est pourtant dans cet espace qu’essaient de se positionner de plus en plus de candidats à l’élection de 2012: Jean-Louis Borloo, François Bayrou, Dominique de Villepin, Christine Boutin voire Eva Joly.
La période de crise que nous traversons est propice à des changements profond dans les positionnements traditionnels que l’on trouve dans les sociétés européennes. On peut constater la mise en œuvre massive de politiques de rigueur, la mise en doute de la démocratie libérale comme modèle universel. Les voix qui critiquent la mondialisation sont aujourd'hui écoutées et entendues.
Une nouvelle dimension peut se superposer au schéma politique actuel. Au traditionnel débat gauche / droite est en train de se substituer élection après élection un débat libéral / antilibéral (voir infographie). D'un coté on trouvera donc les partisans de la réduction des coûts, de la baisse des impôts, des « modèles » allemands ou chinois, et de l'ouverture totale du marché. Une partie importante de la droite libérale et un certain nombre de personnalités socialistes ou du centre en font partie.
A l'opposé on pourra voir les partisans de la décroissance, les détracteurs de la « casse sociale », les chantres d'un protectionnisme modéré ou de la fin de l’Euro. De ce coté on retrouve outre les partis les plus radicaux (Front National et extrême gauche), certaines personnalités issues de tous les bords politiques, des socialistes d'Arnaud Montebourg à la droite de Nicolas Dupont Aignan. Entre ces deux courants, le Centre espère être le seul courant politique capable de réconcilier le peuple autour d'un projet commun réaliste et désirable par tous. Les tensions sociales qui se préparent peuvent-elles accélérer la réunion de ces partisans du capitalisme modéré et porter au pouvoir ce « centre » nouveau?
Qui est de droite ou de gauche, libéral ou antilibéral?