


Les réserves de change chinoises menacent la stabilité du monde.

La démocratie et la citoyen contre le cumul des mandats ?
Après trente ans de politique ultra libérale et une crise financière sans précédent, le monde occidental se réveille avec la gueule de bois. La thématique du protectionnisme, rejetée dans les oubliettes de l’histoire depuis une trentaine d’années, est dans l’inconscient collectif considéré comme l’une des causes centrales de la guerre de 1939-45. Même si cette thèse est largement réfutée par de nombreux historiens, le terme « protectionnisme » reste aujourd'hui trop connoté pour être revendiqué pleinement par les partis, dits de « gouvernement ». Pourtant en lisant à travers les lignes, on parvient à trouver dans les programmes de la plupart des candidats, et ce quelles que soient leurs orientations politiques, de nombreux emprunts à cette « vieille » idée inventée au 19ème siècle par l’économiste allemand Friedrich List et défendue Maurice Allais, le seul économiste français ayant reçu d'un prix nobel.
epuis les mandats de R. Reagan en Amérique et de M. Tatcher en Angleterre, au début des années 1980, le monde occidental s'est engagé dans la voie néolibérale théorisée par des économistes comme M Friedman ou F Hayek. Elle prône une réduction du poids de l'Etat, des dérèglementations dans le monde de la finance, des baisses d'impôts, et fait de la lutte contre l'inflation le principal objectif des politiques économiques. La théorie économique qui la sous-tend, appelée le « monétarisme », s’est imposée en quelques années comme l’inspiratrice principale des politiques monétaires européennes, américaines et des « thérapies de chocs » imposées par le FMI visant à restructurer les finances publiques et les dettes de certains pays du sud par exemple. La libéralisation de l’économie et les ouvertures commerciales accélérées entre pays ont entrainé la libre circulation des capitaux et des marchandises et amplifié le pouvoir de la Finance au détriment de celui des hommes politiques (l'action politique se résumant de plus en plus à « rassurer les marchés» pour ne pas perdre son « triple A »).
En Europe, la réponse récurrente des défenseurs du libre échange est un mélange de fatalisme, arguant qu’on ne peut aller à l'encontre de l'histoire et d’optimisme, même si les thuriféraires de la « Mondialisation heureuse » ont perdu du terrain. Il semble pourtant que de nombreux pays, y compris certains affichant une grande réussite économique, ne s'embarrassent pas pour protéger leurs économies.
La Chine est aujourd'hui le modèle préféré des libéraux pour défendre le modèle libre échangiste. Voilà un pays qui s'est énormément développé dans les 20 dernières années et qui est aujourd'hui suffisamment puissant pour être un poids lourd dans les équilibres économiques et géopolitiques mondiaux. Cette efficacité est due a une main d'œuvre à très bon marché.
La logique économique occidentale voudrait que l'argent dégagé par les exportations serve à développer son marché intérieur (en augmentant les salaires ou en redistribuant de manière plus égalitaire les richesses acquises). Dans une très large mesure cela ne s’est pas produit, car les liquidités dégagées par la Chine ont été massivement engagées pour acheter et financer la dette des pays développés afin que ces derniers puissent continuer à consommer et à s’endetter. On assiste donc à une spécialisation des pays: certains sont producteurs (Inde, Chine, Brésil, Allemagne) et d'autres consommateurs (Etats unis, Grande Bretagne, France …). En ne développant pas son propre marché intérieur et en le protégeant des importations grâce à divers outils de politiques économiques (comme l'attribution de marché publics à des entreprises chinoises), la Chine a affecté le potentiel exportateur des pays étrangers. Les grands gagnants de ce système sont les groupes transnationaux, pouvant produire à bas cout en Chine et vendre avec une forte valeur ajoutée en occident. Ceci contribue de manière importante à l’accroissement des inégalités dans les pays occidentaux - les très riches s'enrichissent davantage et les pauvres de plus en plus précaires s'appauvrissent plus encore.
Depuis la Crise russe de 1998, Vladimir Poutine a mis en place une politique de libéralisation couplée à des mesure protectionnistes fortes: taxe sur l'importation de voitures, taxe sur les produits agricoles, ou pharmaceutique couplés à une politique monétaire stricte. Ce pays s'est ainsi relevé économiquement et en dépit de taux records dans les inégalités, il se tire particulièrement bien de la mondialisation et affiche une balance commerciale excédentaire avec la majorité des pays développés (grâce aussi à ses ressources gazière et pétrolière)
Le contrôle monétaire et le protectionnisme sur des secteurs jugés clés sont également largement développés au Brésil, aux Etats Unis dans les secteurs agricoles ou dans l'armée. On a pu assister récemment à une dévaluation du franc suisse pour contrer l'envolée de son cours, sans que l’on puisse soupçonner les autorités Suisses de s’être soudain gauchisées.
Même l'UE est accusée par certains de protectionnisme, en particulier sur les produit agricoles (la fameuse PAC). Les pays composant les BRICS ont récemment laissé entendre qu'ils conditionneraient un soutien financier à l'Europe à une plus grande ouverture de son marché à la concurrence. On observe ainsi que les pays les plus dynamiques dans le monde actuel sont ceux qui ont un projet politique fort au niveau national avec une vision de long terme. Ils ne respectent pas toutes les règles libérales définies par l’OMC, mais veulent profiter du fait que d'autres les appliquent. Si l’on ne peut obliger ces pays à se plier intégralement aux règles du marché, il est donc urgent d'utiliser les mêmes méthodes pour mieux protéger nos propres marché intérieurs. Nous donnerions raison à M. Allais qui stipulait qu' « une libéralisation totale des échanges et des mouvements de capitaux n'est possible, elle n'est souhaitable que dans le cadre d'ensembles régionaux groupant des pays économiquement et politiquement associés, et de développement économique et social comparable ».
Depuis quelques années, des intellectuels français défendent le principe d'un protectionnisme modéré aux frontières de l'Europe. Il prend la forme dans la majorité des cas de barrières douanières imaginées à l'encontre de produits qui ne respectent pas les même normes sociales ou de taxe sur les transports (taxe carbone).
Emmanuel Todd, historien, politologue et démographe, considéré aujourd'hui comme un polémiste de talent, considère que la seule solution à la crise en Europe passe par le protectionnisme européen. Il faut se souvenir qu'il fut celui qui avait prévu l'effondrement de l'URSS (« la chute finale », 1976 ), la fragilité du système economique américain (« Après l'empire »,2002) et qui a montré les travers sociologiques de la construction économique européenne dont on voit certaines des conséquences aujourd'hui (« L'Illusion économique » ,1998).
Jacques Sapir, directeur d'études à l 'EHESS, pronostique un éclatement de la zone euro a court terme car il juge la politique européenne trop académique sur ce sujet et reconnaît la nécessité d'un certain protectionnisme pour relever la barre. Ces idées touchent une audience de plus en plus large. La preuve en est des résultats de l'enquête IPSOS de 05/2011 sur le protectionnisme.
D'un bout à l'autre de l'échelle politique, leurs propositions sont reprises et commencent a essaimer dans les programmes des candidats. Marine le Pen ou Nicolas Dupont Aignan citent régulièrement les travaux de J.Sapir. Arnaud Montebourg, candidat à la primaire socialiste, a laissé à E Todd le soin d'écrire la préface de son projet politique: « votez pour la démondialisation ». JL Mélenchon a lui aussi son économiste protectionniste maison en la personne de J Généreux. A l'opposé du paysage politiques, l'UMP ou l’aile libérale des socialistes s'appuient plutôt sur les travaux de D Cohen, économiste étiqueté libéral et de gauche. Cependant, de plus en plus de libéraux admettent l’idée de protéger l'Europe, par exemple en proposant une taxe carbone ou en rappelant à l'Allemagne que ses intérêts sont en Europe, et qu’il conviendrait d'imposer un principe de réciprocité à la Chine. (Imposer les même contraintes aux entreprises chinoises que celles que les entreprises européennes rencontrent en chine)
Qui à peur du protectionnisme? Peu de monde, semble-t-il! Le mot inquiète encore , mais il semble que ce concept s'impose de plus en plus comme une idée raisonnable pour remettre les économies européennes sur les rails. Le débat à ce sujet risque d'être un enjeu passionnant dans l'élection présidentielle de 2012. Espérons donc qu'il tienne toutes ses promesses.

Interview de Olivier Besancenot en 2007
Le protectionnisme comme enjeu de la campagne.

Les réserves de change chinoises menacent la stabilité du monde.